
Controverse sur les risques
sanitaires du téléphone mobile
LE
MONDE | 14.10.05 | 13h42 • Mis à jour le 14.10.05 | 13h42
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es expertises de l'Agence française de
sécurité sanitaire environnementale (Afsse) sur
d'éventuels risques sanitaires liés à la téléphonie mobile sont au centre d'une
nouvelle controverse entre l'agence et les associations de défense de
l'environnement et de la santé, qui jugent les avis de l'Afsse
sur la téléphonie "partiels et partiaux" .
Le
débat a été relancé par les propos du président de l'Afsse,
Guy Paillotin. Lundi 10 octobre, dans le cadre des
entretiens écologiques du Sénat organisés par l'association Orée et le magazine
Valeurs vertes ,
M. Paillotin a indiqué que "l'expertise de l'Afsse sur la téléphonie mobile n'a jamais suivi les règles
que l'Afsse s'est fixées elle-même" . "C'est
une expertise que je considère, en tant que président du conseil
d'administration, comme n'existant pas, n'étant pas le fait de l'Afsse, puisqu'elle ne correspond pas aux textes que le
conseil d'administration a lui-même adoptés" , a-t-il poursuivi devant
une salle comble.
L'intervention
de M. Paillotin faisait suite à une question du
délégué général de l'association Agir pour l'environnement (APE), Stéphen Kerckhove, pour qui "l'expertise
de l'Afsse [sur la téléphonie mobile] ne
fut ni indépendante, ni contradictoire, ni transparente"
.
Les
associations APE et Priartem (Pour une réglementation
des implantations d'antennes relais de téléphonie mobile) mènent campagne pour
obtenir des règles plus contraignantes sur l'implantation des antennes relais
et l'utilisation des téléphones portables, dont elles redoutent les effets sur
la santé. Selon ces associations, l'expertise en France sur ce thème est "confisquée
par un petit nombre de scientifiques" , qui ne prendraient pas en compte
les résultats de recherches mettant en évidence des effets sanitaires des ondes
électromagnétiques. Pour elles, les propos de M. Paillotin
confirment leur analyse et elles renouvellent leur exigence d'une expertise "contradictoire" .
Après
les remous provoqués par ses déclarations, M. Paillotin
revient sur ses propos en précisant que "la qualité scientifique du
rapport n'est pas remise en cause". Le scientifique affirme que ses
dires "concernaient les procédures, qui n'étaient pas en place, mais
nullement le travail de fond des experts" auteurs du rapport sur la
téléphonie mobile paru en mars 2003. "Au moment où le rapport a été
terminé fin 2002, le conseil d'administration de l'agence [créée par la loi
du 9 mai 2001] était en train d'être nommé. Nous étions dans un vide,
explique le président de l'Afsse. Les procédures
prévues par le conseil commencent aujourd'hui à être mises en place."
Elles prévoient, lors de la constitution de comités d'experts spécialités (CES)
qui doivent être nommés par arrêté ministériel, l'examen des compétences des
experts et de leurs éventuels conflits d'intérêts.
Denis
Zmirou, professeur de santé publique à la faculté de
médecine de Nancy et chercheur à l'Inserm, était le responsable scientifique de
l'Afsse jusqu'à sa démission le 19 mai 2005. Selon
lui, l'Afsse a "suivi les règles de
l'art" en constituant le groupe consacré à la téléphonie mobile et a
calqué ses procédures sur ce qu'elles auraient été en cas de constitution d'un
CES, même si celui-ci n'était pas encore nommé, du fait du retard pris dans la
publication de l'arrêté ministériel (finalement effectuée le 13 juillet 2005).
"Le
groupe est représentatif de tous les champs disciplinaires et de tous les
points de vue exprimés au sein de la communauté scientifique compétente sur le
sujet" , affirme M. Zmirou.
Le chercheur déclare "endosser la totalité de l'avis" rendu
par l'Afsse le 7 juin 2005, qui actualise celui de
2003.
Cet
avis mentionne "la persistance d'un doute sérieux quant à la possibilité
d'effets sanitaires associés à l'exposition directe du crâne aux champs des
téléphones mobiles" .
Il recommande de renforcer l'information des consommateurs sur la puissance des
téléphones (DAS) et d'encourager l'utilisation du kit mains libres. L'avis note
en revanche qu'"aucune donnée scientifique nouvelle (...) ne révèle
un risque lié aux rayonnements émis par les stations de base -antennes relais-
de la téléphonie mobile". Ces débats interviennent au moment où un groupe
de députés de toutes tendances politiques, emmenés par le député apparenté au
groupe communiste Jean-Pierre Brard
(Seine-Saint-Denis), propose une loi pour durcir la réglementation imposée aux
opérateurs.
Gaëlle Dupont
Article paru dans
l'édition du 15.10.05